Chroniques vingt-et-unièmes — Une véritable révolution — 19 octobre 2026


 Une véritable révolution  


Ludivine y était, et est sortie plutôt écœurée de la manifestation à Paris du 17 octobre. Quand elle est arrivée vers 13 heures place de la République, pensant trouver un climat apaisé avant le départ une heure plus tard, il pleuvait des tirs de mortiers et des grenades lacrymogènes de tous les côtés. Sans compter les voitures et les poubelles en feu, et les boutiques commençant déjà à être pillées. Pour les médias, tous présents, filmant au milieu des gilets noirs, il s’agissait d’une « situation tendue » qui risquait de devenir « compliquée ». Des expressions qui rassurent.

Le résultat de toutes ces violences, c’est que les revendications pour obtenir plus de moyens, pour l’augmentation des salaires, pour la baisse du carburant, pour une meilleure justice fiscale, pour la suppression de Parcoursup se sont noyées sous les volutes des gaz irritants.

Du gâchis, déplore Ludivine.

Pourtant l’offre était alléchante. Elle ne compte plus les affiches « Révolution 2026 » qu’elle a aperçues un peu partout.

Cette fois-ci, c’est peut-être la bonne, s’était-elle dit en battant intérieurement des mains. Elle a voulu y entraîner Benoît.

Ils buvaient un café sur le parvis de la Défense en ayant renoncé à gagner la fac de Nanterre, encore occupée, et Benoît n’a pas dissimulé une moue :

—  La révolution, c’est pas trop mon truc, ça me saoule…

Il a levé son verre de spritz, comme s’il trinquait avec le soldat fatigué d’un combat impossible, puis a continué :

 —  La révolution, on la fait, mais elle est toujours à refaire. Il y a eu 89, 1830, 1848, 1870, mai 68, et on est toujours au même point. L’éternel Sisyphe…

—  Sisyphe ? De quoi tu me parles ? Tu bouges ou pas ? Après, tu regretteras…

—  Regrets ou remords, le choix est difficile…

Elle trépigne.

C’est bien lui, ça. Constamment à intellectualiser les choses… À un moment donné, il faut agir.

Mais le moment n’était pas donné, Benoît a refusé de se laisser entraîner. Il a dit :

—  Et puis, tous ces désordres, tu sais à qui ça profite ? Suis mon regard…

—  Rien n’est joué d’avance, Mélenchon monte dans les sondages, la droite est foutue…

—  Mélenchon ? Pourtant Glucksmann a affirmé qu’il serait au second tour et qu’il battrait Le Pen ! Je n’y comprends plus rien…

Elle fait mine de quitter la table.

—  Arrête de faire l’imbécile !

—  Et ton père qu’est-ce qu’il en pense ?

Elle se rassied et soupire :

—  Tu sais très bien ce qu’il en pense. Il veut conserver l’ordre bourgeois pour que les enfants apprennent bien à l’école sans broncher, pour que les rues soient nettes et bien fleuries, pour s’en prendre aux prestations sociales afin de supprimer la délinquance et les trafics de drogue. Il est en train de devenir un facho.

—  Si c’est ça le fascisme, ça mérite discussion.

—  Quoi ? Toi aussi, tu deviendrais… ?

—  Mais non, je blague… Dis, tu as entendu parler du champignon Cladosporium sphaerospermum ?

—  Clado… C’est quoi, ça ?

—  C’est un champignon qu’on vient de détecter dans les parages de Tchernobyl. Alors que les rayons gamma tuent toute la vie autour d’eux, lui s’en nourrit. Pour les scientifiques, c’est une véritable révolution…


FIN


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Auteur chez L'Harmattan de VarIAtions (IA : le puzzle de notre futur s'assemble)

Gauthier Dambreville - Chroniques vingt-et-unièmes

19 octobre 2026

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