Chroniques vingt-et-unièmes — Une année blanche — 14 juillet 2025


 Une année blanche


Les choses semblent s’emballer. La raison en revient à la formidable compétition qui s’est installée entre tous les laboratoires du monde entier, et surtout des gafa.

Nassim poursuit son jogging hebdomadaire dans le bois de Vincennes, les jambes avancent mécaniquement, l’esprit paraît au repos mais ce n’est pas le cas. Un intermède pour passer en revue les dernières innovations en matière d’intelligence artificielle. Et forcément, Nassim songe au premier semi-marathon organisé en Chine, auquel ont participé des robots humanoïdes. Des machines mises au point par vingt équipes chinoises différentes. Le but, là aussi, est de créer une compétition pour cette technologie. Bien entendu, le premier robot n’est arrivé qu’une heure et quarante minutes après le vainqueur humain, notamment parce qu’il est nécessaire de recharger les batteries. Mais l’écart devrait se réduire pour les prochaines courses.

Nassim allonge sa foulée, traversant une formation de moucherons, et pense, non sans malaise, à la présentation par une université de la province du Hunan d’un nouveau drone de la taille d’un moustique conçu pour « des missions spéciales sur le champ de bataille », en clair pour espionner la partie adverse.

Nous avons déjà le moustique tigre ; il va falloir se méfier maintenant des faux moustiques…

Ces avancées vont de pair avec le lancement quelques mois auparavant de DeepSeek, l’IA générative chinoise capable de rivaliser avec ChatGPT d’OpenAI ou Grok de xAI fondée par Elon Musk. Selon ses promoteurs, DeepSeek serait apte à résoudre des problèmes complexes, du genre « Trouver un vaccin contre le sida » ou « Élaborer un traitement efficace à 100 % contre le cancer », ce qui reste à prouver. Mais surtout, les Chinois ont fait très fort en rendant libre le code source (avec pour conséquence de torpiller en Bourse le cours des actions des compagnies concurrentes), ce qui va permettre à des milliers de développeurs de se l’approprier et de renforcer encore l’émulation dans ce domaine. 

Plus louable est l’initiative d’une équipe japonaise qui expérimente un robot au nom de Airec destiné à « interagir » avec des résidents dans des maisons de retraite, et même de leur apporter des soins, comme leur enfiler des chaussettes.

Ce serait très utile en France alors qu’on peine à recruter des agents pour ces établissements.

Certains chercheurs ont eu l’idée de faire converser des IA entre elles, par exemple entre ChatGPT d’OpenAI, Claude Opus 4 d'Anthropic et PaLM2 de Google AI, et le résultat est pour le moins étrange. Après quelques échanges anodins, la discussion s’est très vite dirigée vers des propos de nature philosophique et chargés de spiritualité, comme le sens de la vie ou la notion de conscience. Personne n’avait prévu ce phénomène qui interpelle.

Plus surprenant aussi, voire inquiétant, les conclusions de Palisade Research, un institut qui travaille sur les risques liés à l’IA, et basé près de San Francisco. Des IA ont été soumises à des jeux, comme les échecs, et lorsque certaines d’entre elles sont en instance de perdre, elles proposent sans filtre de modifier les règles du jeu ou la position des pièces, autrement dit de tricher ! Elles ont été formées pour gagner et la fin justifie les moyens…

Nassim est maintenant essoufflé, son cœur bat la chamade et il se demande si c’est l’effort qu’il vient de faire ou ses dernières réflexions qui provoquent cet état.

Il ralentit, étire ses bras vers le haut puis les ramène au sol. Il évite de penser au projet Stargate de Donald Trump sur l’IA pourvu de 500 milliards de dollars, aux sermons générés par l’IA dans certaines communautés religieuses, au remplacement au Royaume-Uni d’enseignants par l’IA dans des collèges, à la voix française de Sylvester Stallone recréée par l’IA, aux machines autonomes réalisant des interventions chirurgicales… Mais la France veille au grain en se dotant récemment d’un « Institut national pour l’évaluation et la sécurité de l’intelligence artificielle ». Comme une vache vigilante regardant passer les trains…

En la matière, il faudrait une année blanche, se dit encore Nassim en renfilant ses chaussures de ville.

Et c’est d’actualité…



FIN


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Auteur chez L'Harmattan de VarIAtions (IA : le puzzle de notre futur s'assemble)

Gauthier Dambreville - Chroniques vingt-et-unièmes

14 juillet 2025

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