Chroniques vingt-et-unièmes — Le temps des femmes — 31 août 2026
Le temps des femmes
— C’était rafraîchissant ce match ! Je me suis senti rajeunir…
— Le match ? Je te signale que la Coupe du monde est terminée depuis longtemps. La France a même perdu contre l’Espagne.
— Non, je parle du match à Roland-Garros…
— Là, c’est encore plus loin. Roland-Garros, c’était avant l’été !
— Vendredi sur LCI à Roland-Garros ! Le débat entre les candidats à la présidentielle…
— Ah, d’accord… il faut te suivre. Pourquoi tu t’es senti rajeunir ?
— Ils ont parlé du déficit, de la dette, des retraites, du pouvoir d’achat, de la délinquance, de la réindustrialisation… Tous ces sujets dont on parlait déjà il y a vingt ans. J’avais l’impression de retrouver ma jeunesse…
— Idiot !
Xavier a fait allusion au débat organisé par le Medef qui a réuni Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann, Marine Tondelier, Bruno Retailleau, Gabriel Attal, Édouard Philippe et Marine Le Pen. Après la remarque de son mari, Émeline replonge dans ses mots fléchés et pense : rajeunir ! Il ne sait plus quoi inventer…
Mais Xavier poursuit :
— Et pour les candidats qui se déclarent, ça n’arrête pas. Rien que pour la semaine dernière : de Villepin, Bertrand, Faure… Là aussi, c’est rajeunissant…
Émeline se redresse :
— Je ne vois pas le rapport…
— Tous ces nouveaux candidats, comme les plus anciens, n’ont qu’une idée en tête : faire barrage à « qui tu sais »… Or, ça me rappelle un livre, Un barrage contre le Pacifique, de Marguerite Duras. Tout le roman n’est que la description de l’échec cuisant de la « mère » qui ne peut rien contre les éléments. Je l’ai lu quand j’avais vingt ans…
— Houlà ! Tu vas chercher loin…
— Pas tant que ça. Les éléments d’aujourd’hui, ce sont le déficit, la dette, les retraites, le pouvoir d’achat, la délinquance, la réindustrialisation… tout ce dont je parlais tout à l’heure. Le problème, c’est que les candidats qui veulent faire barrage à « qui tu sais » ont participé de près ou de loin à la situation actuelle. Ils se présentent comme des gens compétents, ayant le sens des responsabilités économiques, mais c’est assez difficile à entendre au vu de l'état de la France. Alors, pour remonter ce lourd handicap… En face, par contre, c’est un boulevard…
Émeline s’insurge presque :
— Mais en France, on vit bien tout de même ! Regarde les autres pays !
— C’est vrai, on évoque toujours le « french art de vivre », la « french touch », mais à la fin, on est rattrapé par la « french dette ».
— C’est une obsession !
Émeline range définitivement son magazine et son crayon. Xavier prend un air dépité :
— Je ne suis pas obsédé, je suis pessimiste, ou réaliste si tu veux. Pour moi, le Budget, c’est déjà plié : il n’y en aura pas pour 2027 ! Je penche pour une loi spéciale, comme en 2025 et 2026… Mais finalement, c’est peut-être un mal pour un bien, car de toute façon Lecornu, pour faire adopter son budget, serait obligé de faire des concessions entraînant des dépenses nouvelles. Et puis, le Budget 2027 ne serait voté que pour six mois, puisqu’il sera aussitôt rectifié par le futur président élu…
— Ou la future présidente…
— Tu as raison de le souligner : Ségolène Royal a déclaré que « le temps des femmes est venu ».
FIN
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Auteur chez L'Harmattan de VarIAtions (IA : le puzzle de notre futur s'assemble)
Gauthier Dambreville - Chroniques vingt-et-unièmes
31 août 2026

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