Chroniques vingt-et-unièmes — Rien n’est perdu — 10 août 2026
Rien n’est perdu
Kevin quitte la place Saint-Michel. Qu’en est-il du front en ce moment ? Les nouvelles ne sont guère brillantes. Après déjà beaucoup de restructurations depuis 2017, Gibert, la mythique chaîne de librairies a été placée en redressement judiciaire en avril, avec à la clé 84 suppressions de postes et la fermeture de 5 librairies. Mais elle n’est pas la seule. Au 1er juin, c’est au tour du groupe Nosoli, propriétaire de Decitre et des Furets du Nord, d’être placé en redressement judiciaire. Là, il s’agit de 11 magasins supprimés sur 27, ainsi que de 163 emplois.
Sans compter la célèbre librairie de Montpellier, Sauramps, mise en liquidation judiciaire le 3 juillet, jetant sur le pavé 54 salariés.
En remontant la rue Danton, Kevin croise beaucoup de passants, les yeux rivés sur leur smartphone. Les notifications ne sauraient attendre. Et ces disparitions de librairies ne doivent pas les émouvoir. On le comprend.
Du côté des indépendantes, on souffre aussi. Le rêve d’un passionné de littérature d’ouvrir une boutique vire fréquemment au cauchemar. Les anciennes, comme les nouvelles voient leur avenir incertain. Le gérant peine souvent à se verser un SMIC.
Alors, pourquoi ?
Il y a certes un effondrement des ventes cette année, de 6 % en moyenne, le e-commerce avec Amazon et la Fnac faisant des ravages. C’est très facile d’attendre la livraison d’un livre en 48 heures, voire 24 heures, sans avoir à se déplacer.
On évoque également un problème de pouvoir d’achat. Mais les problèmes de pouvoir d’achat n’ont-t-il pas toujours existé ?
Et puis 50 % des jeunes de 9 à 19 ans ne lisent jamais, et les habitudes étant prises, il y a très peu de chances qu’ils lisent un jour. La tendance devrait s’aggraver, et le temps faisant tranquillement son œuvre, le lectorat ne peut que se réduire. Alors, Kevin ne sait pas quelle liste de livres à lire il va pouvoir proposer à ses élèves à la rentrée.
Boulevard Saint-Germain à présent. Un parfum des années cinquante y flotte. Cette nostalgie… Peut-être un espoir. Il pense aux vinyles qui avaient disparu dans les années 1990 face à l’irruption des CD, et qui sont maintenant très prisés chez les jeunes pour leur côté « vintage » et leur « authenticité ». On fabrique à nouveau des tourne-disques en masse, et on les vend !
Et, surprise, la carte postale physique fait un timide retour. Malgré le prix du timbre en pleine expansion, on voit sa réapparition dans les boîtes à lettres. Là aussi du fait des jeunes qui veulent ainsi marquer pour des personnes chères le temps qu’ils leur ont consacré.
Alors pourquoi pas le livre ? Par rapport à un support numérique, il présente un avantage formidable. Et peut-être qu’un jour on retrouvera un côté authentique à se plonger dans Madame Bovary ou dans À la recherche du temps perdu.
Oui, rien n’est perdu, même le temps.
FIN
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https://app.partager.io/publication/gd
Auteur chez L'Harmattan de VarIAtions (IA : le puzzle de notre futur s'assemble)
Gauthier Dambreville - Chroniques vingt-et-unièmes
10 août 2026

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