Chroniques vingt-et-unièmes — Dans dix ans… — 17 août 2026
Dans dix ans…
— Il paraît que la période d’été que l’on vit aujourd’hui, avec ces canicules à répétition, sera la moins chaude de toutes celles que l’on va connaître dans les décennies à venir. Rassurant !
— C’est ce que j’entends aussi, et peut-être que dans les années à venir, on aura la nostalgie de l’été 2026, bien connu pour sa fraîcheur…
Une boutade, une façon de répondre de Didier à son fils Jean-Bernard venu le voir à Paris. Il ne cherche pas à minimiser le phénomène actuel, mais il est habitué, au vu de son âge, aux prédictions alarmistes de toutes natures qui assaillent la société. Il enchaîne :
— D’accord, je plaisante, mais il faut savoir s’adapter. Comment font l’Espagne et l’Italie depuis des siècles ? Et je ne parle pas du Maghreb… Par exemple, en Andalousie où j’ai fait un circuit l’année dernière, toutes les rues sont recouvertes par un voile en textile – ils appellent ça là-bas des canopées. On peut faire baisser la température au sol de trente degrés, et dans l’air de dix degrés. C’est énorme ! Et ajouté à une brise fraîche qui circule, cela devient très agréable.
— Ah oui, c’est intéressant…
— Et puis la gestion de l’eau… En Andalousie, il pleut principalement en automne. Alors, la moindre ferme est équipée d’un réservoir d’eau en béton d’une contenance de 100 m3 pour récupérer les eaux de pluie !
— Si on veut faire tout ça, il va falloir des moyens…
Didier lève les yeux au ciel.
— Ah oui, les moyens, toujours les moyens… On n’a que ce mot à la bouche. Tout le monde en réclame, des moyens ! Il y a bien sûr l’exemple des pompiers, mais on a vu aussi une femme rester une semaine aux urgences, faute de lits disponibles. Je ne parle pas des 80 % de plaintes dans les commissariats qui sont classées sans suite, à cause du sous-effectif, ou des juges qui ne travaillent plus que selon les priorités qu’on leur donne. Et pourtant, on prélève presque 60 % du PIB pour l’État et la protection sociale. Alors, où est l’erreur ?
Jean-Bernard pousse un soupir :
— On a déjà évoqué tout ça, papa…
— Mais ça n’empêche pas de l’évoquer à nouveau ! Malgré ce que je viens de dire, le déficit file cette année vers les 6 % du PIB, et la France emprunte actuellement à plus de 4 % à dix ans sur les marchés… Plus que l’Italie ou la Grèce !
— On entre dans la préparation du Budget, on trouvera peut-être des solutions…
— Tu parles ! Avec la campagne électorale, le concours Lépine pour réduire le déficit est déjà commencé. En ce moment, on étudie la désindexation des retraites pour les gens aisés – un sujet qui revient régulièrement depuis deux ans –, et demain ce sera autre chose. Heureusement, il y a eu l’éclipse…
— Pardon ?
— Bah oui, l’éclipse… Au moins, pendant trois jours, on n’a plus parlé de la canicule et des incendies, et encore moins des moyens qui manquent. La France était suspendue à l’éclipse… Une pause salutaire… Vivifiant !
Jean-Bernard hoche la tête. Une part de vrai dans ce que vient de dire son père.
La rentrée sera chaude, pense-t-il.
Et on en oublierait la canicule.
Mais il ajoute :
— Moi, je n’ai pas eu ma pause, J’avais réservé depuis longtemps un concert de Bruel, mais il a été annulé pour les raisons que tu connais…
— Alors lui, on va assister à une éclipse de sa carrière… Je ne sais pas si on le reverra dans dix ans… !
FIN
https://gauthier-dambreville.blogspot.com
https://app.partager.io/publication/gd
Auteur chez L'Harmattan de VarIAtions (IA : le puzzle de notre futur s'assemble)
Gauthier Dambreville - Chroniques vingt-et-unièmes
17 août 2026

Commentaires
Enregistrer un commentaire