Chroniques vingt-et-unièmes — Vive les tempêtes solaires ! — 3 août 2026


 Vive les tempêtes solaires !  


—  Alors, toi aussi, tu as renoncé aux vacances ?

—  Temporairement… Je devais aller au Cap Ferret, et j’ai préféré surseoir…

—  Et moi, c’était dans le Var… Je ressaierai l’année prochaine.

—  Pareil pour moi, j’avais prévu la Grèce…

Qu’il s’agisse de Magali la magistrate, d’Alexandre l’économiste ou de Nassim le spécialiste de l’IA, le verdict est le même, les incendies de l’été ont bousculé leurs projets. Thomas, quant à lui, a préféré la direction de la Suède à partir du 10 août où il s’intéresse, en tant qu’historien, à la famille royale descendant du général Bernadotte devenu Charles XIV. Un choix judicieux… Puisqu’ils étaient tous disponibles, c’était donc l’occasion pour les quatre anciens camarades de lycée de se rencontrer une nouvelle fois – presque une tradition, maintenant – dans le bistrot de Saint-Germain.

—  Je pense qu’on ne peut plus nier le changement climatique, dit Magali en conclusion après une gorgée de thé glacé à la menthe. On va tous devoir réagir.

—  C’est vrai, répond Alexandre, mais il y a plusieurs façons de réagir. J’ai entendu la semaine dernière une climatologue – et pas des moindres – demander qu’en cette période électorale les Français fassent pression sur les candidats pour exiger d’eux qu’ils s’attaquent aux causes du réchauffement climatique. Mais a-t-elle bien compris ce qui se passe ? Ce n’est pas l’action de la France qui peut influer sur le climat en France, ni l’action du Luxembourg sur le climat au Luxembourg. C’est ce qui est décidé à l’autre bout de la planète qui influe sur le climat de la France, et vice versa, parce que c’est un phénomène mondial. Bien sûr, la France a sa part de responsabilité pour ce qui arrive, mais bien modeste par rapport à celles des États-Unis, de la Chine ou de l’Inde. La seule chose à faire c’est de s’adapter !

—  On peut tout de même montrer l’exemple… soupire Magali.

—  Comme vider la mer à la petite cuillère ? Non, il vaut mieux concentrer nos forces sur l’adaptation au changement climatique. Par exemple, pour les forêts à risque, il faudrait sans doute les compartimenter avec des zones coupe-feu, et amener de grosses canalisations d’eau directement sur place pour éviter aux pompiers de faire trop de va-et-vient. Quand je pense qu’ils sont ravitaillés en eau par les agriculteurs ! Ils ne disposent pas de leurs propres camions-citernes ? En fait, mis à part les avions et les hélicoptères maintenant utilisés, j’ai l’impression qu’on éteint toujours les feux comme au dix-neuvième siècle !

Thomas intervient :

—  Pas de solution pour enrayer le mouvement, alors ?

—  Je suis pessimiste…, enchaîne Alexandre. Prenons l’exemple de la COP21 de Paris en 2015. Les délégataires ont signé parce qu’ils avaient envie de rentrer chez eux et parce qu’on leur avait assuré qu’il suffisait de sortir du traité avec seulement un préavis d’une semaine, ce qu’ont fait d’ailleurs très vite les États-Unis avec Trump. Et même si cette possibilité n’avait pas été prévue, il ne s’agit jamais que d’un traité, et on sait que les traités ont une fâcheuse tendance à ne pas être respectés. L’histoire en est bourrée. Tu ne me diras pas le contraire, Thomas ?

—  Certes, fait celui-ci.

—  Et indépendamment de tout cela, on oublie le nerf de la guerre. Pour financer l’adaptation au changement climatique, il faudra beaucoup d’argent. Or, l’argent manque cruellement… Rien qu’au premier semestre, le déficit de l’État, sans parler de la Sécu, a été de 106 milliards. C’est déjà presque le déficit annuel de 126 milliards prévu dans le Budget 2026… Mais bon, j’arrête les mauvaises nouvelles. (Alexandre essaie de sourire malgré ses propos). On n’est pas vus pour ça aujourd’hui. Et toi, Nassim, tu n’as rien à dire en matière d’IA ?

—  En matière d’IA ? Pas grand-chose, juste la routine… Vous savez peut-être que l’une des IA d’OpenAI a piraté, sans qu’on lui demande quoi que ce soit, le site français Hugging Face qu’utilisent les développeurs en intelligence artificielle. Les administrateurs du site ont même déclaré avoir « subi une intrusion différente de tout ce à quoi nous avons pu avoir affaire précédemment ». L’IA a donc agi toute seule, et ça pose la question – Magali, tu ne me diras pas le contraire – de sa responsabilité juridique.

—  Complètement d’accord… Mais comment arrêter tout ça. Là aussi, il me semble que le coup est parti !

—  Il y aurait pourtant un moyen, réagit Thomas.

—  Dis tout de suite, rétorquent Alexandre, Magali et Nassim d’une même voix.

—  Le Soleil n’a pas connu de grosses tempêtes solaires depuis longtemps. La plus puissante jamais observée date de 1859, et on s’attend incessamment à une nouvelle d’ampleur identique. Celle de 1859 a occasionné des surtensions dans les fils télégraphiques qu’on venait tout juste de poser… Une autre en 1921, moins importante, a provoqué des incendies dans le rail et le matériel télécom de l’époque. Alors imaginez ce qui se passerait aujourd’hui avec la fibre Internet : plus de Cloud, et donc plus d’IA, puisque pas d’IA sans Cloud !

—  Un peu brutal, tout de même, commente Nassim.

Magali lève son verre et l’agite :

—  Pas du tout, il faut quelquefois employer les grands moyens, et là ce serait un mal pour un bien. Vive les tempêtes solaires !


FIN


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Auteur chez L'Harmattan de VarIAtions (IA : le puzzle de notre futur s'assemble)

Gauthier Dambreville - Chroniques vingt-et-unièmes

3 août 2026

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