Chroniques vingt-et-unièmes — Divaguer — 8 juin 2026
Divaguer
Le professeur Marcus ne désespère pas, il y croit toujours. La start-up américaine Helion Energy située dans l’État de Washington, après avoir levé 425 millions de dollars l’année dernière auprès notamment d’investisseurs reconnus comme Sam Altman ou Peter Thiel, ce qui constitue plutôt un gage de confiance, a établi un nouveau record de température de plasma en début d’année : 150 millions de degrés avec son prototype Polaris. L’entreprise reste sur son objectif de mettre au point un premier réacteur expérimental à fusion d’hydrogène en 2028. Très ambitieux, mais un contrat a déjà été signé avec Microsoft pour lui fournir de l’électricité. Avec beaucoup moins de moyens et de personnel – et sans doute de comités et de réunions en tous genres –, c’est beaucoup mieux que les perspectives du projet ITER, basé à Cadarache en France et regroupant des pays du monde entier.
Si la réussite est au bout, se dit Marcus, elle aura des conséquences considérables sur un plan scientifique, bien sûr, mais surtout aux niveaux environnemental et géopolitique.
Au niveau environnemental, une centrale à fusion reproduisant le fonctionnement du Soleil, grande comme un terrain de tennis, pourra produire de l’énergie pour une ville de plusieurs centaines de milliers d’habitants, sans émission de CO2, sans déchets radioactifs et sans risque d’explosion. Ces perspectives devraient rallier les antinucléaires de tous bords et sonner le glas des éoliennes, généralement très contestées en raison de l’altération du paysage et du bruit qu’elles occasionnent.
Au niveau géopolitique, ce pourrait aussi signer la fin des énergies fossiles, et donc donner beaucoup moins d’importance au détroit d’Ormuz dont on entend parler tous les jours. Quant aux pays du Golfe, leur avenir ne serait plus bâti sur leurs champs pétrolifères, avec une obligation de se reconvertir totalement, ce qu’ils ont déjà commencé à faire.
Un nouveau monde, pense Marcus.
Bien loin du séisme provoqué par l’affaire Lyhanna que Marcus suit en pointillés, préférant toujours conserver ses distances avec l’émotion.
Avec la priorité donnée aux affaires concernant les enfants, je crains que la plainte que j’ai déposée à la suite de mon cambriolage ne soit jamais instruite…
Dans son bureau où les dossiers s’empilent jusqu’au plafond, Marcus réfléchit, considérant que c’est une faute de s’en prendre à la Justice.
Une erreur grave, certes, mais il ne faut pas pour autant jeter toute l’institution…
En fait, se dit-il, toutes les déclarations des politiques sont à analyser sous le prisme de la campagne électorale qui est bel et bien commencée. Chacun y va de sa petite touche de proposition pour montrer qu’il est présent et qu’il ne se désintéresse pas du sort des Français.
Avec un danger, celui de vouloir une société parfaite qui ne laisse pas de place à l’erreur. On prépare ainsi ardemment l’avènement de l’IA et des robots qui, eux, ne font jamais d’erreur.
À moins qu’on ne les équipe d’une infime parcelle d’humanité pour les rendre plus acceptables ?
Marcus se lève brusquement.
Je divague… Où en étais-je. Ah oui, la fusion…
Et il se demande si, pour les raisons évoquées, cette technologie ne serait pas de nature à diminuer les recours en justice et désengorger de ce fait les tribunaux pour laisser la place aux priorités du moment, lesquelles ont tendance à se fondre dans l’actualité. Sauf si certains estiment qu’il faut protéger l’hydrogène qui est l’élément le plus présent dans l’Univers.
Mais je divague encore…
Il quitte son bureau.
L’astre solaire se retire lentement après une journée bien remplie à éclairer l’inconséquence des hommes.
FIN
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Auteur chez L'Harmattan de VarIAtions (IA : le puzzle de notre futur s'assemble)
Gauthier Dambreville - Chroniques vingt-et-unièmes
8 juin 2026

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