Chroniques vingt-et-unièmes — Consentement préalable — 6 avril 2026


 Consentement préalable   


Encore une fois, la discussion du repas de Pâques a porté sur « l’éducation bienveillante ». Et, évidemment, les tensions demeurent les mêmes entre Jean-Bernard et sa fille Judith, tandis qu’Élise observe une prudente neutralité. Valentin a refusé de rejoindre la table, ce qui a déclenché l’agacement, puis la colère de Jean-Bernard. Mais Judith qui connaît son père est restée imperturbable. Elle ne va tout de même pas se plier à cette éducation ringarde qui impose de mettre son téléphone en mode avion avant la première bouchée.

—  Quand il aura bien faim, Valentin finira bien par venir, a-t-elle répondu.

—  À cinq ans, c’est donc lui qui doit décider de tout, insiste Jean-Bernard. Qu’est-ce que ce sera à quinze ans !

Judith hausse les épaules. Toujours cette litanie de la part de son père qui n’a pas compris que le monde a changé, que l’éducation qu’il a connue, et certainement subie, il y a trente ans, n’a pas engendré les meilleurs effets quand on considère la situation d’aujourd’hui. Mais il continue :

—  Et même pas besoin d’attendre quinze ans… Tu trouves normal qu’une gamine de douze ans mette le feu à un supermarché ? C’est ça l’éducation bienveillante ? J’ai entendu pour toute excuse qu’elle était fascinée par le feu…

—  Je crois que tu mélanges tout, papa. La société est violente, donc nos jeunes sont violents.

—  Et les parents n’ont aucun rôle dans tout ça ?

Elle lève maintenant les yeux au ciel.

—  Les parents doivent accompagner l’enfant, mais ne peuvent pas tout faire. Oui, la société est violente, figure-toi ! J’ai l’exemple d’une maman à l’école de Valentin : sa fille, à six ans, est harcelée sur les réseaux sociaux. Et du coup, elle est complètement déprimée. Ce n’est pas de la violence, ça ?

Jean-Bernard va demander pourquoi la petite fille en question surfe sur les réseaux sociaux à l’âge de six ans, mais Élise, à présent, souhaite éviter la tempête. Ces rencontres dominicales sont toujours électriques. Elle réclame une pause et dit :

—  Vous avez sans doute raison tous les deux. Moi, il m’est arrivé une drôle d’aventure : je voulais lire une vidéo sur mon téléphone quand est apparue une pub. J’ai cliqué sur la croix pour m’en débarrasser, et j’ai aussitôt reçu un SMS m’informant que j’étais abonnée à un service supprimant toutes les publicités pour 2,99 euros par semaine.

—  Une arnaque ! fait Judith. Mais tu as pu te désabonner, je suppose ?

—  Si on veut. Je reçois dans la foulée un autre SMS qui doit permettre la rétractation, mais quand je clique sur le lien indiqué, un message me dit que le SMS est un spam ! Il a fallu que j’aille sur Internet avec mon ordinateur, taper le lien en entier et me souvenir de mon mot de passe pour me connecter sur mon compte et pouvoir le faire. Tout est prévu pour décourager !

—  Qu’est-ce qu’on fait alors du consentement préalable ? interroge Jean-Bernard. Je croyais qu’on venait de voter récemment une loi pour ça !

Judith se prend la tête entre les mains.

—  Mais non, papa, encore une fois tu mélanges tout. Il s’agit de la loi sur le consentement sexuel, y compris entre conjoints !

—  Ah, oui, effectivement, c’est très différent. Pas besoin de consentement pour se faire abonner à son insu, mais pour les rapports entre conjoints…

—  Bon, fermons la parenthèse…, intervient une nouvelle fois Élise. C’est peut-être l’heure d’aller chercher les œufs en chocolat dans le jardin… ? Il me semble que Valentin est consentant…


FIN


https://gauthier-dambreville.blogspot.com

https://app.partager.io/publication/gd

Auteur chez L'Harmattan de VarIAtions (IA : le puzzle de notre futur s'assemble)

Gauthier Dambreville - Chroniques vingt-et-unièmes

6 avril 2026

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Chroniques vingt-et-unièmes — Une année blanche — 14 juillet 2025

Chroniques vingt-et-unièmes — Toucher le fond — 25 août 2025

Chroniques vingt-et-unièmes — Une autre réalité — 30 juin 2025