Chroniques vingt-et-unièmes — La vulnérabilité du monde — 20 avril 2026


 La vulnérabilité du monde   


Alexandre prend tranquillement son café place de la Contrescarpe, non loin de l’endroit où il habite. C’est chaque matin pour lui le rituel nécessaire pour lui dérouiller les neurones, surtout lorsque la nuit s’est un peu trop prolongée avec des amis dans les bars qui ne manquent pas dans le quartier.

Et ses neurones en ont bien besoin en cette période. En bâillant, il suit les dernières nouvelles de BFM sur l’écran qui s’agite en face de lui. La guerre, la guerre, et la guerre ! Les spécialistes, généralement d’anciens officiers en retraite, s’expriment, aiguillonnés par ce qu’Alexandre appelle les « journalarmistes », pour décrire les conséquences fâcheuses du conflit au Moyen-Orient, très précis pour expliquer pourquoi on en est arrivé là, mais beaucoup plus évasifs quant à ce qui va se passer. Toutefois, il ne leur en veut pas, c’est le même genre de critiques qu’on adresse aux économistes dont il fait partie. Et effectivement, a-t-il entendu dire, si les économistes savaient prédire l’avenir, on n’en trouverait plus, car ils seraient tous multimillionnaires en ayant investi là où il le fallait et quand il le fallait.

Mais restons sérieux, pense-t-il. Les prix à la pompe accaparent au moins la moitié des reportages, tandis que la chasse aux six milliards lancée par le gouvernement absorbe l’autre moitié. Une chasse qui ne sera sûrement pas de tout repos, la droite demandant une diminution des dépenses, et la gauche une augmentation des taxes sur les « profiteurs de guerre ». La routine…

Outre les effets nécessairement néfastes sur l’économie, Alexandre pense surtout à la vulnérabilité du monde. Un détroit bloqué, et c’est un équilibre qui vacille.

Et ce n’est pas le seul point de vulnérabilité. Le Cloud, où l’on confie toutes ses photos, tous ses documents, et où les entreprises externalisent toutes leurs données, occupe aussi son esprit. Il suffirait d’une énorme éruption solaire, comme on en a déjà connu dans le passé, pour altérer beaucoup de communications et perturber considérablement la planète. Ou même encore une panne plus importante que celle qui a paralysé en novembre dernier la Société américaine Cloudflare, fournisseur de 20 % des grosses firmes du globe en matière de protection contre les attaques informatiques. Pendant 24 heures, suite à la panne en question, celles-ci ont dû suspendre leurs activités.

Il regarde son croissant à peine entamé, songeur. Bien sûr, la mondialisation ne date pas d’hier, mais elle s’est accentuée, prodigieusement accentuée, et surtout ses adeptes sont partis du principe que la paix éternelle va régner sur terre et que les méchants, s’il y en a, seront punis par le glaive d’un supposé droit international, ce qui est un pari osé.

Pour l’instant, à qui profite la crise ? C’est la bannière qui s’affiche sur l’écran de BFM. Pas besoin de chercher bien loin, se dit encore Alexandre. Certainement, en premier lieu, au producteurs de pétrole qui empochent d’énormes bénéfices avec l’envolée du cours du baril. Au passage, les États-Unis sont devenus le premier exportateur net de brut, de quoi compenser un peu les pertes dues à la guerre.

Il boit rapidement son café et sort du bistrot. Puis regarde sa montre.

Je vais être en retard.

On l’attend sur un plateau de radio avec d’autres économistes pour discuter des retombées de la guerre sur la vie quotidienne des Français.

Qu’est-ce que je vais leur dire ? Qu’il faut se résigner et patienter jusqu’à la fin de la tempête ? Ce n’est pas vraiment dans le tempérament des Français…

Il presse le pas.

Je devrais faire un tour aux puces de Saint-Ouen. Je trouverai peut-être une boule de cristal…


FIN


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Auteur chez L'Harmattan de VarIAtions (IA : le puzzle de notre futur s'assemble)

Gauthier Dambreville - Chroniques vingt-et-unièmes

20 avril 2026

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