Chroniques vingt-et-unièmes — Une autre guerre — 16 mars 2026


 Une autre guerre  


Comme le dit une certaine chanson, « les nouvelles sont mauvaises, d’où qu’elles viennent ».

Il ne s’agit pas des municipales auxquelles Hamid, l’Afghan et Houessou le Béninois se sont peu intéressés – on les comprend –, mais de la situation internationale.

C’est le constat qu’ils font à la terrasse d’un café du dixième arrondissement. Et même si tous les regards sont braqués sur l’Iran, le Liban, le détroit d’Ormuz, les sites énergétiques des monarchies pétrolières et les cours du baril, d’autres régions du monde restent fortement agitées.

Et les deux n’oublient pas d’où ils viennent. Hamid, d’abord. On parle très peu dans les médias du conflit qui s’étend entre l’Afghanistan et le Pakistan, avec Kaboul régulièrement bombardée, une frappe récente ayant fait 400 morts en pleine ville. Cela ne va sûrement pas arranger les affaires de la population, et des femmes en particulier, qui ne sont autorisées qu’à respirer et assurer la perpétuation de l’espèce.

Houessou, quant à lui, suit de près les évolutions dans son pays au Bénin, qui ne vont pas forcément dans le bon sens : le coup d’État qui a échoué en décembre, et la montée de l’insécurité avec les incursions islamistes et les risques d’enlèvement.

Mais les problèmes ne se limitent pas au Bénin. Il pourrait énumérer : le Sénégal qui renforce la répression contre l’homosexualité ; le Mali toujours sous l’effet du blocus de Bamako par les forces djihadistes ; la guerre civile qui déchire le Soudan depuis 2023, qui a déjà fait plusieurs milliers de morts et dix millions de déplacés ; la RDC (Congo-Kinshasa) encore sous la menace du mouvement rebelle M23 ; la violence au Niger avec ses enlèvements à répétition dans les établissements scolaires ; la situation humanitaire au Burkina Faso qui se dégrade de semaine en semaine… Sans parler de l’augmentation générale des féminicides que vient de pointer l’OMS sur tout le continent.

Toutes ces guerres civiles, ces guerres tout court…

—  Et le pire, soupire Houessou, ce sont les Africains dans l’armée russe…

Il veut parler de tous ceux, enrôlés ou non contre leur gré, qui combattent en Ukraine dans les rangs russes. Une organisation en a recensé 1 417, et il paraît que les gouvernements africains commencent à « s’alarmer ». Beaucoup de ces soldats sont déjà morts, et on a peu de nouvelles des autres, probablement « disparus ».

Et il pourrait s'interroger aussi sur tous ces conflits régionaux qui éclatent. Mais de tous temps, on ne sait faire que ça entre voisins : se taper dessus. Voltaire l’avait d’ailleurs très bien exprimé. Demandant à Frédéric II de Prusse qui l’hébergeait à sa cour pourquoi il faisait toujours la guerre à ses voisins, celui-ci lui avait répondu : « Mais à qui d’autres voulez-vous que je la fasse ? »

Ils quittent le café et se dirigent vers la porte Saint-Denis.

—  Pas de nouvelles d’Alida ? questionne Hamid.

« La douce Alida, aux cheveux aussi légers que le vent, si noirs qu’à côté la nuit paraît pâle. »

Houessou esquisse une grimace.

—  Toujours pas. Mais quand je reviendrai au pays et que je serai riche, elle sera à moi, je te le jure.

Si ses frères veulent bien, se dit Hamid.

Une autre guerre.


FIN


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Auteur chez L'Harmattan de VarIAtions (IA : le puzzle de notre futur s'assemble)

Gauthier Dambreville - Chroniques vingt-et-unièmes

16 mars 2026

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