Chroniques vingt-et-unièmes — Garder ça pour soi — 16 février 2026
Garder ça pour soi
— Moi, je vous dis que l’islamo-gauchisme n’existe pas ! Point barre ! C’est un fantasme de la droite pour faire diversion et fermer les yeux sur la catastrophe sociale qui s’annonce dans le pays !
Depuis dix minutes, la conversation entre Ludivine et ses parents porte sur ce sujet. Xavier a essayé d’en donner une définition. L’islamo-gauchisme, terme très controversé, surtout pas ceux qui en sont accusés, se caractériserait selon lui par la volonté de certains groupes et de certains partis, d’extrême-gauche, semble-t-il, de soutenir la cause des islamistes afin de s’attirer les bonnes faveurs du vote musulman.
Bon, il est inutile d’en discuter davantage, se dit Xavier, tout comme du wokisme qui serait une réalité pour les uns et un mythe pour les autres. Car on n’est pas en famille simplement pour se disputer. Gardons un peu de tendresse entre soi. Heureusement, Émeline vient à son secours :
— Tiens, Ludivine, reprends donc un peu de ce gâteau nantais. Je l’ai fait exprès pour toi…
Ludivine se calme un peu. Elle se coupe une nouvelle part de gâteau, alors qu’au même moment une notification sur son téléphone l’avertit d’un nouveau développement dans l’affaire des Epstein’s papers. Elle lit rapidement et dit :
— C’est immonde ce qui se passe…
Xavier prend connaissance de la notification et ajoute :
— Oui, immonde, et face à une réalité glaçante qui vous laisse dans la sidération, où s’invitent sans filtre des prédateurs qui sont des pervers narcissiques, voire des êtres toxiques, on essaie de se reconstruire en se réinventant, mais il faut beaucoup de résilience, car c’est compliqué…
— Comment tu parles ? fait Émeline en fronçant les sourcils.
— Bah oui, papa, qu’est-ce qui t’arrive ? renchérit Ludivine.
— Mais je parle comme il faut parler aujourd’hui. Ce sont les mots qu’on entend partout sur les radios et les télés !
— Dans un accord parfait, Émeline et Ludivine lèvent toutes les deux les yeux au ciel.
Puis une nouvelle notification. Ludivine replonge dans son téléphone, et cette fois-ci il s’agit de PMA. Il semble que l’on manque de moyens, comme dans tant d’autres domaines, pour appliquer la loi sur la « PMA pour toutes » votée en 2021 dans l’enthousiasme. Celle-ci, en fait, rencontre beaucoup de succès, mais seulement dans les intentions, Car les délais s’allongent. Plus d’un an pour obtenir un premier rendez-vous. Et le plus surprenant est que plus de la moitié des demandes proviennent de femmes seules.
Pour Xavier, qui vient de lire par-dessus l’épaule de Ludivine, il s’agit bien plus qu’un bouleversement sociétal. C’est une révolution profonde mettant la notion de couple en lisière de la société. Une aspiration pour chacun à vivre sa propre vie, sans contraintes, et surtout pas celles d’un autre avec lequel il faudrait partager sa vie.
Ce n’est pas ça qui va aider au « réarmement démographique », pense-t-il.
Il va pour commenter l’information, quand Émeline et Ludivine, là aussi dans un accord parfait, lui intiment :
— Non, ne dis rien…
Gardons ça pour soi, alors…
Parmi les sujets de société, il aurait aimé aussi parler de la proposition d’un sénateur consistant à indemniser les homosexuels condamnés avant la loi de 1982 qui a dépénalisé l’homosexualité. Sujet délicat. On entre sur un terrain mouvant. Les conséquences peuvent être infinies. Faudrait-il aussi indemniser les femmes qui ont été condamnées pour avoir avorté avant la loi Veil de 1978 ayant légalisé l’IVG ? Ou les familles des condamnés exécutés avant l’abolition de la peine de mort en 1981 ?
Oui, il vaut mieux que je ne dise rien…
FIN
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Auteur chez L'Harmattan de VarIAtions (IA : le puzzle de notre futur s'assemble)
Gauthier Dambreville - Chroniques vingt-et-unièmes
16 février 2026

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