Chroniques vingt-et-unièmes — Ce serait trop long — 26 janvier 2026
Ce serait trop long
— Ça ne peut vraiment plus durer : Eric Lombard affirme – et il sait de quoi il parle puisqu’il était ministre des Finances – que de très grosses fortunes ne paient pas d’impôt sur le revenu ! C’est vrai, ça ? Éric Coquerel, d’ailleurs, est allé chercher des éclaircissements à Bercy, et il a eu raison !
Sébastien semble subitement hors de lui. Depuis quelques minutes, il était penché sur l’échiquier pour préparer son prochain coup, et Xavier pensait qu’il allait frapper sa reine un peu exposée. Mais non, son esprit était accaparé par l’iniquité fiscale…
— Tu ne penses pas ? continue-t-il.
Xavier ménage sa réponse :
— Ses propos ont tout de même été modulés par Amélie de Montchalin. Mais je vais me faire l’avocat du diable…
— Ou des riches comme tu sais si bien le faire. Et même maintenant des ultrariches…
— N’exagérons rien. Déjà, dans les déclarations de Lombard, je ne vois pas très bien où est le scoop. Je vois deux cas pour expliquer le phénomène. Premièrement, un individu qui est déjà très riche, qui possède plusieurs dizaines de millions, voire plusieurs centaines de millions d’euros, n’éprouve pas forcément le besoin de travailler pour vivre. Il puise simplement dans sa fortune sans recevoir de salaire puisqu’il ne travaille pas. De ce fait, pas de revenus, et pas d’impôt sur le revenu à payer… On connaît beaucoup de personnes qui ont passé leur vie à dilapider des fortunes amassées avant eux. Tiens, il faudrait relire, ou simplement lire, Une Vie de Maupassant… Par contre, ces personnes paient beaucoup de TVA puisqu’elles dépensent beaucoup. Et elles remettent des sommes considérables dans le circuit, ce qui fait marcher l’économie. Ça, on oublie de le dire.
— Ouais…
— Deuxièmement – et nous en avons déjà parlé –, le cas des holdings, qui ne sont pas, comme on l’entend le plus souvent, qu’un outil d’optimisation fiscale, mais un outil pour réinvestir. Là aussi, une personne fortunée – et je cite évidemment Bernard Arnault – n’éprouve pas la nécessité de se verser à titre personnel l’ensemble des dividendes qu’il pourrait retirer des sociétés détenues par lui, mais préfère laisser une partie de ces dividendes dans une holding intermédiaire pour investir ailleurs, étant entendu que les dividendes ont déjà subi l’impôt puisqu’ils sont calculés après paiement de l’IS par les sociétés. Une fois qu’on a compris cela…
Sébastien marmonne :
— Je ne pense pas que le Français moyen soit convaincu.
— Il faut être plus pédagogique…
— Heureusement qu’on a corrigé le tir avec la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus…
Cette fois, c’est Xavier qui s’emporte :
— Parlons-en ! On sait maintenant que la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus a rapporté cinq fois moins que ce qu’elle devait rapporter : 400 millions au lieu de deux milliards en 2025. Alors, Amélie de Montchalin, toujours elle, explique que ce serait à cause des optimisations fiscales faites par les assujettis. Mais là, je ne comprends pas bien : cette contribution exceptionnelle a justement été instituée pour éviter l’optimisation fiscale en fixant une imposition minimale. Et si c’était vrai, faut-il reprocher cela aux personnes imposées ? Cette contribution, tout comme l’impôt exceptionnel sur les grandes entreprises, ne devait exister qu’un an, le gouvernement de l’époque l’avait juré « croix de bois, croix de fer, si je mens… ». Un an après, ses promesses ont déjà volé en éclats : les contributions ne devraient être supprimées que lorsque « le déficit sera inférieur à 3 % du PIB », autant dire jamais… Ça montre que l’État n’a aucune parole. Et on voudrait que les contribuables aient, eux, une parole… ?
— Hola ! Tu pousses un peu loin… ! Elle m’embête bien, ta reine…
Mais Xavier continue sur sa lancée :
— Et prend le cas de l’ISF devenu IFI : une étude vient de montrer qu’il coûte plus qu’il ne rapporte. Depuis que l’IGF a été créé par Mitterrand, supprimé par Chirac, et recrée par Mitterrand sous le nom d’ISF, la perte indirecte en matière de rentrées fiscales est de 9 milliards d’euros par an alors qu’il rapporte entre 2 et 5 milliards, soit un solde négatif en moyenne de 6 milliards. Ça représente entre 0,05 et 0,1 point de PIB ! 270 milliards de moins en 45 ans, dont on aurait bien besoin aujourd’hui ! Tout simplement parce que les exilés fiscaux fuyant l’ISF en France vont dépenser leurs sous ailleurs.
— D’accord, tu préfères que les riches continuent à s’enrichir et que les pauvres continuent à s’appauvrir !
— Ce n’est pas du tout ce que je dis. S’il s’agit d’une question de justice fiscale, de paix sociale, voire de « morale », l’ISF, ou l’IFI, peut être une bonne solution, et dans ce cas, je n’ai rien contre. S’il s’agit de faire entrer plus d’argent dans les caisses de l’État, alors c’est une mauvaise solution. Tout dépend de ce que l’on cherche. Or, on ne sait pas très bien ce que l’on cherche, comme dans bien d’autres domaines, d’ailleurs. Si je simplifie, on voudrait, grâce à une plus grande justice fiscale, faire entrer davantage d’argent dans les caisses de l’État, mais ça ne fonctionne pas ainsi. Et généralement, on est polarisé sur le court-terme sans imaginer les conséquences à long terme. C’est comme ça que l’argent et la production industrielle ont tendance à fuir le pays. Car on oublie que l’économie est totalement mondialisée…
— Alors, qu’est-ce qu’il faut faire ? Tu as une solution ?
— Arrêter la chasse aux sorcières. Voltaire avait dit : « Les sorcières ont cessé d’exister quand nous avons arrêté de les brûler »…
— On ne va pas philosopher sur le sujet, grogne Sébastien…
— Tu as raison, ce serait trop long…
FIN
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Auteur chez L'Harmattan de VarIAtions (IA : le puzzle de notre futur s'assemble)
Gauthier Dambreville - Chroniques vingt-et-unièmes
26 janvier 2026

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