Chroniques vingt-et-unièmes — Un entre-deux — 22 décembre 2025
Un entre-deux
Noël s’approche. Réjouissances en tous genres, malgré l’absence de budget pour la France, car ce n’est pas suffisant pour faire disparaître les huîtres des étals, lesquelles huîtres, même si on leur attribue un QI réputé faible, doivent se demander, prises d’une soudaine crise existentielle après avoir été brutalement extraites du cocon où elles baignaient depuis toujours, ce qui va bien pouvoir leur arriver. Mais pour ceux qui profitent des fêtes, c’est surtout la tentation de l’oubli d’une année qui en France s’est montrée particulièrement chaotique.
C’est le but de Xavier, Émeline, Sébastien et Romane attablés dans un restaurant étoilé de la banlieue parisienne que l’un d’entre eux vient de découvrir. Le premier fait une pause après avoir terminé sa « langoustine rôtie, émulsion de citron vert et gelée de fenouil ». Et il dit :
— J’ai lu que Dominique Pelicot cherche un éditeur pour publier un recueil de poèmes qu’il a écrit en prison, en peu de temps finalement, à moins qu’il ne l’ait commencé avant. Je lui conseillerais plutôt l’autoédition, comme l’a fait Léna situation qui a créé « Léna édition » pour publier son livre.
— Ah oui, répond Romane, son livre sur le développement personnel qui a cartonné… Beaucoup de gens ont besoin de se développer personnellement… Mais moi, ça va, j’arrive à me développer à ma manière… Et quant à Dominique Pelicot, j’aimerais qu’il se fasse oublier, celui-là !
Émeline sourit :
— C’est peut-être l’objectif de Ségolène Royal : se développer personnellement en faisant le « don de sa personne à la France », comme l’avait fait Pétain : elle n’exclut pas de faire un « ticket » avec Dominique de Villepin pour 2027…
— Je pense qu’il faut s’attendre à tout, ajoute Xavier… Ce serait comme un mariage blanc…
Romane le fusille du regard :
— Tu fais allusion au mariage refusé par le maire de Chessy ? Rien ne prouve qu’il s’agisse d’un mariage blanc !
— Mais je n’ai pas dit ça, et je n’ai rien contre cet homme. Mais c’est un Algérien en situation d’OQTF qui veut se marier avec une Finlandaise en France. Pourquoi ne se marie-t-il pas en Finlande ou en Algérie ?
Sébastien, qui pose son verre de sancerre, se porte au secours de sa femme :
— On ne doit pas empêcher le mariage en raison de l’OQTF. Une enquête a été faite. D’ailleurs, le procureur de Meaux a été très clair sur le sujet.
Xavier hausse les épaules :
— Excuse-moi, mais j’ai été moyennement convaincu par ses explications. D’abord, il a situé le débat sur le plan du mariage blanc, et je pense que ce n’est pas le sujet. Le sujet, et je suis désolé d’insister, c’est l’OQTF, qui devient plutôt, comme le dit Michel Onfray, une ORTF, c'est-à-dire une « occasion de rester sur le territoire français »…
— Michel Onfray est de droite ! l’interrompt Romane.
— Je blaguais… Donc, un étranger, quand il est sous le coup d’une OQTF, dispose au maximum de trente jours pour quitter le territoire français. Si, au bout de ces trente jours, il est toujours en France et qu’il se fait interpeller pour une raison quelconque, il doit être reconduit manu militari à la frontière, c’est du moins ce que dit la loi. Or, à Chessy, que s’est-il passé ? L’étranger en question s’est présenté à la mairie pour demander à être marié. Les autorités ont donc connaissance de sa situation, à savoir le fait qu’il n’a pas respecté l’OQTF, et il doit être reconduit à la frontière. Un point, c’est tout !
Romane lance :
— Il faut un peu d’humanité pour ce genre de cas…
— D’accord, mais c’est de deux choses l’une : soit on abroge la loi sur les OQTF, par humanité – pourquoi pas… – pour éviter qu’un maire qui refuse de procéder au mariage se retrouve dans l’illégalité ; soit on applique la loi. Mais on ne reste pas dans cet entre-deux !
— Eh bien justement, j’aimerais que vous fassiez preuve d’humanité, intervient Émeline, et que vous changiez de sujet. Sinon, le repas va mal tourner…
— Et tu me traiteras de « sale conne » ? s’esclaffe Romane. Mais non, moi aussi, je blague…
Éclats de rire, puis Romane reprend :
— Mais blague à part, après un coup comme ça, je pense que Brigitte Macron devrait démissionner…
Élise s’interroge :
— Démissionner ? Mais démissionner de quoi ?
— Bonne question, observe Sébastien, hilare.
— De toute façon, c’est une conversation privée qui s’est retrouvée dans l’espace public. Brigitte Macron serait en droit d’attaquer en justice celui ou celle qui l’a enregistrée à son insu !
— Allons Xavier, c’est la trêve des confiseurs, alors mange ! ordonne Romane. Ne fais pas attendre les huîtres !
— Je me demande à quoi elles pensent en ce moment, conclut-il.
FIN
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Auteur chez L'Harmattan de VarIAtions (IA : le puzzle de notre futur s'assemble)
Gauthier Dambreville - Chroniques vingt-et-unièmes
22 décembre 2025

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